10 Dec 2016

Ouverture officielle des négociations ou l’argument que nul autre ne possède

28 décembre 2015, Entebbe, Ouganda : Six femmes burundaises se retrouvent dans l’enceinte de la résidence présidentielle du Président Ougandais Yoweri Museveni. La salle est remplie de représentants du gouvernement Burundais et autres délégués en provenance du Burundi, de l’opposition politique réunie au sein d’une plateforme appelée CNARED, de journalistes, de représentants de confessions religieuses et de membres influents de la société civile. La tension est palpable, des regards s’échangent, on ne sait pas à quoi s’attendre des interventions des uns et des autres. Les 6 femmes prennent lentement position et se préparent à présenter leur discours. Pour la première fois dans l’histoire politique de ce petit pays d’Afrique de l’Est, la femme intervient non pas comme activiste, facilitatrice ou observatrice, mais comme partie prenante aux négociations aux côtés des hommes. La femme burundaise, ce jour-là, parlera au même titre que les représentants de chacune des parties présentes (Entre 1992 et 2011, des 31 principaux pourparlers de paix, 4% des femmes seront signataires et 9 % sont des négociatrices, UN Women, rapport 2011).

Après l’intervention de la présidente du groupe, Mme Marie-Louise Baricako, la salle applaudie, à tout rompre. En effet, la présidente évoque le cœur du problème burundais et émet déjà une recommandation fondamentale : la nécessité d’un leadership national conforme à l’éthique. Un langage nouveau, rafraichissant pour tout patriote mais qui n’a plus de place dans le récit politique actuel et qui par conséquent, intrigue, dérange, effraie.

Dans son discours, non seulement Mme Baricako a fait appel à l’urgence d’un arrêt des violences au Burundi mais elle a également lancé un appel vibrant pour l’inclusion des jeunes dans la recherche d’une sortie de la crise actuelle. Le ton est courageux, ferme, respectueux, mais sans hésitation ni circonlocution. Mais qui sont ces femmes ? Que représentent-elles ?

Ces dernières sont des femmes leaders, appartenant à différentes organisations et qui se sont regroupées au sein d’un mouvement né dans le contexte de la lutte pour la sauvegarde de la constitution burundaise et l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation. Ce sont des femmes à mille visages, hutues, tutsies, des femmes de tous horizons et de toutes compétences, de différentes appartenances politiques et religieuses qui vont se retrouver le 10 et le 13 mai 2015 devant la place de l’Independence, un symbole de la dignité burundaise. Ces femmes décident de marcher, parce qu’elles ont décidé de s’insurger contre la violation de la constitution burundaise et des Accords d’Arusha par le Président Nkurunziza et son parti d’origine, le CNDDFDD.

Des Accords qui, tout au long des 10 dernières années, au-delà de leur contribution essentielle à la fin de la guerre fratricide de 1994 à 2003, symbolisent finalement l’Etat de Droit, la bonne gouvernance, une cohésion tant sociale que politique, le respect de la dignité burundaise. Les violer c’est violer le peuple burundais et lui prendre ce qu’il a de plus cher : sa liberté. La liberté de vivre en paix. Une liberté de nos jours réelle, tangible car vécue à travers la cohabitation pacifique qui s’inspire de ce pacte social.

Au moment où les burundais se préparaient pour les élections de 2015, les femmes avaient poussé leur premier cri d’alarme. Elles s’étaient levées pour plaider et exiger le maintien et la tenue d’un processus électoral libre, transparent et inclusif. Ainsi, le 20 décembre 2014, 3000 femmes, sous le parrainage du réseau chrétien « femmes de foi », vont organiser une marche manifestation pour la paix, appelant tous les acteurs politiques à mettre « la paix » au centre de leurs revendications, un vœu illustré par le slogan « La paix d’abord, la paix ensuite, la paix enfin »

Leur cri d’alarme n’est pas entendu. La campagne anti troisième mandat initiée par les organisations de la société civile est suivie d’une répression sanglante.

Ainsi le 10, puis le 13 mai 2015, les femmes déferlent dans les rues de Bujumbura pour soutenir la jeunesse, premier acteur à animer la campagne anti troisième mandat. La réponse du Gouvernement ne se fait pas attendre : soudaine, brutale et sans pitié, elle décapite le leadership de ce mouvement citoyen, lequel se retrouve éparpillé aux quatre coins du monde, étalé sur 4 continents. Petit à petit, comme seules les femmes peuvent le faire, ces femmes, filles vont recoller les morceaux, et réapprendre à marcher dans d’autres rues, à emprunter d’autres voies plus sécurisées afin de continuer à plaider pour une solution pérenne à la crise burundaise. C’est ainsi que nait le Mouvement des Femmes et des Filles pour la Paix et Sécurité au Burundi, initialement appelé Mouvement des femmes et filles pour le respect de la Constitution et l’Accord d’Arusha. Elles se retrouveront à Entebbe, Addis-Abeba, à Johannesburg, à Bruxelles, à New York, à plaider d’une seule voix, comme seules les femmes savent le faire. Elles vont marcher, protester, camper devant des édifices internationaux comme le parlement européen ou le siège des Nations Unies, demandant, scandant, l’urgence de porter secours à leurs frères et sœurs. Et finalement, finalement, on les écoute. D’abord à Bujumbura : au moment où débute le dialogue politique inter-burundais sous la facilitation du Président Yoweri Kaguta Museveni, les femmes ne sont pas invitées mais de façon inopinée, elles arrivent, entrent dans la salle et…elles sont là. Leur participation devient rapidement inexorable. Dans une déclaration commune, elles s’expriment d’une seule voix sur les causes profondes de la crise, ses conséquences et les voies de sortie à considérer. Au centre de leurs préoccupations, elles citent notamment la question du 3ème mandat et l’absence d’un cadre de dialogue sincère sur une question que le gouvernement a toujours soigneusement évité.

Ensuite, c’est au tour de la région où la facilitation leur accorde une place à la table des négociations et ensuite plus loin, à Bruxelles, Johannesburg, New York et ailleurs. C’est ainsi qu’elles feront parvenir un plaidoyer centré sur la paix et la sécurité aux membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Ce voyage des femmes commence des années plus tôt et se traduit par deux évènements importants dans l’histoire politique de l’engagement de la femme burundaise et de la femme en général :

1998, voyage à Kampala et la conférence pluripartite de la femme burundaise à Arusha en 2000 : Une délégation de 65 femmes burundaises se dirige à Kampala pour participer à une conférence dont l’objectif est d’une part préparer leur contribution aux négociations d’Arusha et d’autre part lancer un appel au Président Museveni et d’autres leaders pour la levée d’un embargo contre le régime de Buyoya. Cet embargo est sensé faire plier la volonté d’un gouvernement qui, jusqu’à ce jour, ne montrait aucune velléité à négocier avec ceux qui, à l’époque, sont appelés « les forces négatives de la région des grands lacs ». Cette sanction essouffle un gouvernement quelque peu affaibli par une guerre qui perdure depuis des années, mais surtout, surtout, il épuise une population dont une section importante (Plus d’un million (1.000.000) sont réfugiés et des déplacés intérieurs, U.S. Committee for Refugees World Refugee Survey 2000 – Burundi) se trouve dans des camps de refugiées et déplacés. L’économie est en descente libre. Les femmes se mobilisent, rencontrent l’ancien Président Nelson Mandela qui par la suite va les encourager à participer aux négociations d’Arusha. Une conférence pluripartite, sous l’égide de la Fondation Tanzanienne Mwalimu Nyerere et UNIFEM sera organisée. C’est ainsi que les femmes se verront accordées une place d’observatrices lors des pourparlers de paix entre le gouvernement de Buyoya et les autres parties prenantes au conflit burundais dont différents groupes armés comme le CNDDFDD. Pour la première fois dans l’histoire du Burundi après 40 ans, à savoir après la participation active des femmes swahili à la campagne de mobilisation du héros national Prince Louis Rwagasore, la formation de la ligue des femmes UFB (Union des femmes Burundaises) dans les années 60, la femme burundaise est associée dans la recherche et l’élaboration d’une solution à envergure nationale. Malheureusement, la femme burundaise n’arrivera pas à participer à part entière aux Accords d’Arusha (Les partis politiques d’opposition de l’époque s’y opposeront farouchement ) et elle demeurera en marge des négociations proprement dites, se contentant d’un lobbying de coulisses.

31 octobre 2000, la naissance de la résolution 1325 à New York : Bien que nombre de résolutions et déclarations antérieures de l’ONU portaient déjà sur les thèmes de la femme, la paix et la sécurité, aucune d’entre elles n’a eu autant de poids ni de retentissement que la résolution 1325. Cette dernière exhorte le Secrétaire général de l’ONU, les Etats membres et les parties à un conflit armé à prendre des mesures concrètes pour l’intégration d’une démarche antisexiste et la pleine participation paritaire des femmes à l’ensemble des initiatives de paix et de sécurité. Elle prévoit également des dispositions précises : une représentation accrue à tous les niveaux de prise de décisions en matière de prévention, gestion et résolution de conflit, une formation sur le genre et le VIH/sida destinée au personnel de maintien de la paix, un soutien aux initiatives de paix prises par des groupes locaux de femmes, ainsi que la protection des femmes et des fillettes face aux violences sexistes.

Ces deux évènements, la démarche des femmes en 1998 et l’adoption de la résolution 1325 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, bien qu’isolés dans le temps et dans l’espace transforment le cadre socio-politique dans lequel évolue la femme en générale et la femme burundaise en particulier. En effet, la femme burundaise est projetée au-devant de la scène politique. Comme le dit si bien une femme burundaise travaillant pour les Nations Unies sous couvert d’anonymat : « la femme aura toujours un argument que nul autre n’a. Après tout, elle est celle qui met au monde nos dirigeants, nos tyrans, nos rebelles, qui les enterrent, qui les pleurent et qui recolle les morceaux après que tout soit fini. Elle est aussi la première victime des guerres, de toute guerre. Rappelons-nous du Rwanda, juste après le génocide, il y avait plus de femmes que d’hommes, et si elles n’avaient pas contribué à la reconstruction du pays, on ne sait pas où on en serait. ».

Le 28 décembre 2015, somme toute, la femme burundaise a gagné une bataille inédite et importante : l’acceptation d’une participation audible, visible et effective à l’élaboration d’une vision nationale pour une nouvelle société, un nouveau Burundi.

par Carine KANEZA

08 Aug 2016

Hommage / Témoignages sur les femmes victimes de la répression NKURUNZIZA : Cas de UMUGWANEZA Charlotte

Je la voyais souvent chez une voisine. Toujours accueillante, toujours serviable, toujours en train de s’assurer que tout va bien chez tout le monde. Elle avait fini par être familière et chaque fois que je la rencontrais, un petit geste ou sourire suffisait pour se saluer. Et voilà qu’un  soir, alors que cela faisait un bon bout de temps que je ne la voyais plus, je vois un de ces nombreux  messages auxquels on a fini par s’habituer : Une Alerte lancée par ses enfants sur les réseaux sociaux. Quand elle a quitté la maison, elle était allée à l’endroit  communément appelé « KURI KOTEBU » où stationnent les véhicules utilitaires.  Elle avait décidé de déménager pour fuir les violences récurrentes dans le quartier Cibitoke et en raison des menaces qui la visaient directement, selon sa famille. Et  c’est à ce moment qu’elle a disparu. Ce trajet aurait du durer moins de trente minutes mais elle a duré des heures et des heures, de quoi inquiéter sa famille qui  s’est alors mise sur ses traces.

Aux dernières nouvelles, les membres de sa famille ont appris qu’elle  aurait été  embarquée par les agents du service national de renseignement vers une destination qu’ils ne parviendront à localiser. Désespérés, ses enfants ont fait comme tout le monde. En l’absence des medias privés qui avaient été détruits par les forces de l’ordre et  auxquels la population avait pris l’habitude de faire  recours dans les moments  de désespoir, ses enfants ont  lancé des messages  d’alerte  sur les réseaux sociaux. Quand je vis le message, je me  suis rendue chez la voisine pour voir si elle en savait plus que moi, hélas non. Quelle horreur d’être réveillée le lendemain  par des cris et des pleurs de la voisine qui m’apprenait que  le corps de Charlotte  venait  d’être retrouvée quelque part à 10 km de la capitale Bujumbura.  En un rien de temps, les images de son corps sans vie, portant des traces de blessures circulèrent  sur les réseaux sociaux, et dans quel état, mon Dieu. Je me suis dit de toute façon, le calvaire qu’elle venait de traverser est terminé, son âme est au repos maintenant. Mais difficile de ne pas s’imaginer le calvaire qu’elle a dû endurer.

Très vite, la police a nié qu’il s’agissait de son corps, évoquant plutôt une  autre habitante de Bujumbura qu’elle ne parvenait pas à identifier. Le mensonge ne pouvait pas tenir longtemps car la famille l’a vite reconnue.  La police a finalement confirmé le décès de Charlotte Umugwaneza, Vice-Présidente du parti MSD (Mouvement pour la solidarité et le développement) et militante anticorruption, précisant même que son corps a été découvert  près de la rivière Gikoma par des passants qui ont directement alerté les administratifs à la base. Vraisemblablement, elle avait été tuée ailleurs et jetée à cet endroit.

Evidement, dans des circonstances pareilles, des questions n’ont pas manqué : Qui a tué Charlotte, où, quand, comment et pourquoi ? Des plaies sur son visage plein de boue, des vêtements  déchirés et trempés ont laissé penser à tout un film horrible sur sa mort.

Ensuite, qui a pris les photos, qui dans un laps de temps circulaient sur tous les réseaux sociaux  et qui heureusement ont permis aux proches d’identifier son corps. Toutes ces questions sont restées  sans réponses. La police a avoué ne détenir aucune information sur leur origine et sur le moment où elles ont été  prises et a annoncé  une enquête dont les résultats se font toujours attendre.

Charlotte est une parmi les victimes du troisième mandat de Pierre Nkurunziza . Militante très  engagée politiquement, elle avait  compris que la participation politique de la femme est un droit. Elle s’est donné corps et âme pour défendre ce droit et s’était engagé dans un parti politique qui encourage et met en œuvre  autant que faire se peut la parité à tous les niveaux de prise de décisions. Madame Pélagie Kagwire , sa compagne de lutte et première secrétaire du parti MSD en mairie de Bujumbura parle d’elle comme une femme qui avait une grande détermination, un franc parler, très forte en médiation en cas de conflits, toujours prête à aider. Elle était une grande militante et un être humain au vrai sens du terme, dit –elle .

Madame Charlotte Umugwaneza a été la première figure politique féminine à être atrocement exécutée. Son assassinat s’est ajouté à la longue liste d’autres victimes d’exécutions extrajudiciaires constitutives de crimes contre l’humanité, imprescriptibles en droit pénal, mais qui n’ont jamais été élucidées. Peut être que sa famille, ses enfants, ses amis politiques et dans le mouvement associatif auront un jour le droit de savoir et le droit à la justice.  De toutes les façons, la justice burundaise a failli à sa mission, car dans pareilles circonstances,  elle avait le devoir d’enquêter sur les circonstances de sa mort et punir les coupables selon la loi en vigueur, conformément aux principes des Nations Unies relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires ainsi qu’aux moyens d’enquêter efficacement sur ces exécutions.

Jusqu’à preuve du contraire et nonobstant la présomption d’innocence qui est la règle en matière de procédures pénale, de lourds soupçons continuent à peser sur les services du gouvernement  car selon les premiers témoins, Charlotte aurait été enlevée par les agents du service de renseignement  et aurait transitée dans ses locaux. Par ailleurs, la communication qui a suivi la découverte de son corps montre bien la volonté de brouiller les pistes.

En ne réprimant pas les auteurs, coauteurs et complices d’enlèvements, de tortures et d’exécutions extrajudiciaires frappant des civils et constitutives de crimes contre l’humanité, la justice burundaise est en train de construire un état d’impunité judiciaire qui risque de perpétrer les cycles de violence interminables. La passivité en matière de répression des crimes contre  l’humanité mérite d’être tout aussi punissable.

par Catherine MABOBORI

08 Aug 2016

LA PARTICIPATION DES FEMMES AU PROCESSUS DE PAIX

La longue marche vers Arusha :  l’implication des femmes dans les  négociations

Catherine Mabobori,
Chef de la délégation des femmes aux négociations inter- burundaises d’Arusha (1998-2000)
Ex Présidente et Membre fondateur du Collectif des Associations et  ONG Féminines du BURUNDI
Ex Députée à l’Assemblée Nationale du BURUNDI
Présidente de la SOFEPA (Solidarité des Femmes Parlementaires)

I . INTRODUCTION

Depuis des décennies, le BURUNDI a été le théâtre d’un conflit aux multiples dimensions. Les négociateurs de paix d’Arusha[1] ont défini le conflit burundais comme étant « un conflit fondamentalement  politique avec des dimensions ethniques extrêmement importantes ……découlant d’une lutte de la classe politique pour accéder au pouvoir et/ ou s’y maintenir »[2].  

Les  négociations qui ont eu lieu entre 1998 et 2000 et qui ont abouti à l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation ont été d’une importance capitale  car ils ont permis non seulement d’inculquer une culture de dialogue dans l’esprit des burundais mais aussi d’inventer un système démocratique d’un homme, une voix mais qui accommode  aussi les minorités comme médication aux conflits ethniques. Grace à l’omniprésence des femmes pendant le processus de négociation, l’Accord qui en est issu tient également compte des désidérata des femmes.

II . HISTORIQUE DU CONFLIT BURUNDAIS ET LES SOLUTIONS ENVISAGEES  

Depuis la période de lutte pour l’indépendance, le BURUNDI a connu des crises cycliques caractérisées par des violences politiques et interethniques qui ont entrainé des centaines de milliers de morts et causé des déplacements massifs à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Mais c’est incontestablement l’assassinat du Président Melchior NDADAYE par coup d’état militaire le 21 octobre 1993 qui a ouvert la crise la plus longue et la plus coûteuse en vies humaines et en biens matériels de toute l’histoire du pays avec des  conséquences tragiques sur presque tous  les citoyens burundais. Malgré la mort du Président, ce coup d’Etat n’a pas été entièrement consommé car la tragédie[3] qui s’en est suivie a fait reculer les putschistes.

II.1 LES NEGOCIATIONS DE KAJAGA

Après la mort du Président, le BURUNDI a connu un vide institutionnel car même le Président de l’Assemblée Nationale qui, d’après la Constitution, devait le remplacer était assassiné dans les mêmes circonstances. Les premières négociations visant à combler ce vide au sommet de l’Etat et ramener l’ordre constitutionnel et démocratique se sont déroulées à  KAJAGA[4] entre les leaders des partis politiques en janvier 1994. Elles ont abouti à la signature de la Convention de Gouvernement  avec la désignation de Cyprien Ntaryamira comme Président de la République le 5 février 1994 et la mise en place d’un gouvernement de consensus[5]. Malheureusement, deux mois  après ,le  Président NTARYAMIRA  décède  dans l’attentat contre l’avion du Président Rwandais HAVYARIMANA  le 6 Avril 1994 et il fallait de nouveau s’assoir pour procéder à son remplacement .

Les nouveaux pourparlers ont abouti à la signature d’un autre accord portant Convention de gouvernement entre les Forces de Changement Démocratique[6] et les Partis Politiques de l’Opposition réunis eux dans l’Alliance des partis politiques de l’opposition[7]. Cette convention prévoyait  l’organisation d’un débat national de fond sur les problèmes majeurs du pays. Le Président de l’Assemblée Nationale, Sylvestre NTIBANTUNGANYA  est porté  à la tête de l’Etat. Des frustrations naissent de cet arrangement car certains n’étaient pas d’accord  avec cette formule qui donnait un avantage aux partis de l’opposition qui avaient pourtant perdu les élections et voulaient organiser des  élections immédiates. Ainsi, un des compagnons de lutte du Président désigné, Léonard NYANGOMA, décide de créer la rébellion dénommée CNDD – Conseil National pour la défense de la démocratie.

Cette nouvelle rébellion qui s’ajoute aux anciens mouvements politiques armés notamment le FNL ( Front national de libération )et à d’autres chefs de partis politiques en exil ne rendent pas le  débat interne facile et ce dernier ne permet pas  de mettre fin à la crise.  L’idée des  négociations supervisées par un médiateur extérieur s’imposait.

II.2 SOMMETS DU CAIRE ET DE TUNIS : INITIATIVES DE LA FONDATION JIMMY CARTER

La Fondation Jimmy Carter  en collaboration avec l’OUA  a organisé un sommet des Chefs d’Etats voisins du BURUNDI au Caire les 28 et 29 novembre 1995,  et à Tunis en dates du 16 au 18 Mars 1996. C’est cette dynamique qui donnera naissance à ce qui a été appelé  « Initiative régionale pour la paix au Burundi » dirigée par le Président ougandais Yoweri Museveni et la désignation de l’ancien Président Tanzanien Julius  Nyerere comme médiateur .

Les choses vont de mal en pi et le Coup d’Etat  qui ramène le Président BUYOYA au pouvoir en 1996 en remplacement du Président NTIBANTUNGANYA est perçu par certains comme un coup d’arrêt à la démocratie et par une autre frange d’opinion  comme un coup salvateur. Par ailleurs, la population avait encore en mémoire qu’il avait  pacifiquement cédé le pouvoir en 1993.

Sous l’instigation des opposants à l’extérieur du pays et sous la pression du Médiateur désigné lors du Sommet de TUNIS, les pays de la sous région imposent un embargo économique au BURUNDI pour forcer la junte à négocier.

II.3. NEGOCIATIONS SOUS L’EGIDE DE LA COMMUNAUTE DE SAN EGIDIO.

Entretemps, des négociations secrètes avec la facilitation de la COMMUNAUTE DE SAN EGIDIO en Italie  entre le gouvernement et le mouvement rebelle de NYANGOMA (1996-1997) sont en cours. Une fuite dans les médias les fait échouer car certains partis politiques crient à l’exclusion. Cependant, cette initiative constitue l’effet  de brise glace en ce sens qu’elle réussit à mettre en présence les deux protagonistes principaux du conflit burundais à une époque où chacun restait  prisonnier de la représentation diabolisée de l’autre.  

Cette initiative n’a pas plu non plus aux pays de la sous région qui ont vite imposé un embargo économique au BURUNDI. Ils y voyaient un moyen de contourner l’initiative régionale.

II .4. NEGOTIATIONS D’ARUSHA

Le processus formel des négociations de paix d’Arusha a commencé en 1998 sous la médiation de feu Président Julius NYERERE.  Le choix du Président NYERERE s’est imposé en  raison de sa profonde connaissance des réalités socio-politiques, économiques et culturelles burundaises et par la sagesse qu’on lui reconnaissait unanimement.   Après sa mort, c’est le Président Nelson MANDELA qui l’a remplacé et il  fut à son tour unanimement accepté par les parties en conflit. Quant au lieu de négociations, le choix de la Tanzanie a tenu compte d’une raison essentielle : pays limitrophe du Burundi, la Tanzanie partage avec lui une longue histoire marquée par une cohabitation surtout depuis  1972 avec l’arrivée massive des réfugiés burundais.  Que les négociations aient lieu à l’extérieur du Burundi – en terrain neutre – garantissait une sécurité pour des délégations des parties en conflit, notamment les présidents des partis politiques et des cadres politiques vivant en exil.  Jusqu’en l’an 2000, quatre sessions réunissant tous les acteurs ont eu lieu à Arusha avec plusieurs autres sessions en commissions[8]

Ces négociations d’ARUSHA ont abouti à la signature d’un  Accord (politique ) pour la paix et la Réconciliation  en Aout 2000 avec comme une des principales conclusions que la transition  politique sera conduite en deux temps de 18mois – 18 mois avant les élections . La première tranche continuera à être assurée par le Président BUYOYA et la deuxième tranche par le Président Domitien NDAYIZEYE.

Mais entretemps, les dissensions internes  répétitives au sein des groupes armés n’ont pas permis l’accélération des  négociations de cessez le feu.

Les groupes armés et les forces gouvernementales rivalisent dans la violence et dans les tueries. Même les étrangers et les personnalités d’une grande autorité morale ne sont pas épargnés  (Archevêque Joachin RUHUNA, le Nonce Apostolique Michel KOUCHNET, le  représentant de L’UNICEF  ZUNIGA , le représentant de l’OMS etc…).

 II.5. NEGOTIATIONS DE CESSEZ LE FEU AVEC LES MOUVEMENTS REBELLES 

Les différents groupes  armés participant aux négociations jusqu’à la conclusion de l’accord ont accepté d’observer le cessez le feu.

D’autres ont signé les cessez le feu au fur et à mesure qu’ils acceptaient de négocier avec le gouvernement en place.  Le dernier accord entre le FNL et le gouvernement est intervenu en décembre 2006 (un an après les élections  de 2005).

III.  LES PRINCIPALES ACTIONS ENTREPRISES PAR LES FEMMES

Avant les négociations d’Arusha, les actions des femmes étaient quasi absentes dans le processus formel des négociations de paix.  Mais cela ne veut pas dire qu’elles croisaient les bras. Leurs actions se situent à deux niveaux .

Au niveau du processus interne

  • Dès le début de la crise en 1993, les femmes se sont mobilisées pour des initiatives individuelles et collectives en vue du rétablissement de la paix et la cohabitation pacifique entre les différentes composantes de la société. Elles ont ainsi bâti des ponts intercommunautaires.
  • Alors que la classe politique était en débandade après l’assassinat du Président démocratiquement élu Melchior NDADAYE en 1993, le premier appel véritablement de paix qui a été entendu émanait de son épouse, Madame Laurence Ndadaye,  qui appelait la population à cesser de verser le sang des populations innocentes sous  prétexte de venger son mari.
  • Les femmes ont entrepris aussi des initiatives pour refuser la balkanisation ethnique aussi bien dans les quartiers de la capitale BUJUMBURA que  dans les collines à l’intérieur du pays, pour ressouder le tissu social déchiré par la crise (un exemple est l’aménagement des petits marchés dans des endroits séparant les différents  quartiers où les femmes se rencontraient non seulement pour s’approvisionner mais aussi pour échanger des informations et élaborer des stratégies pour remédier à la crise).
  • Des actions de secours aux victimes de la crise ont été organisées
  • Des séances de sensibilisation ont été organisées à l’intention des jeunes devenus instruments de criminalité des politiciens, qui sombraient de plus en plus dans le banditisme, dans la consommation de l’alcool et des stupéfiants
  • En avril 2000, alors que les négociations de paix allaient être conclues, une rencontre des femmes en provenance de toutes les tendances sociopolitiques  (urbaines et rurales, partis politiques, différents groupes ethniques) a été organisée à Bujumbura. Toutes les provinces ont été représentées et l’inclusivité était un élément important pour prendre des décisions importantes car les interférences politiques et ethniques étaient  encore très fortes.
  • Un document de plaidoyer pour l’inclusion des femmes dans la mise en œuvre de l’Accord de paix qui allait être signé a été produit. Ce document contenait non seulement des demandes mais aussi les engagements des femmes elles mêmes pour la mise en œuvre  de l’accord qui allait être signé.

Au niveau du processus externe

  • Il y avait une absence totale des femmes à la table des négociations car les invités à la table des négociateurs étaient essentiellement des chefs de partis politiques, des responsables de mouvements armés, les représentants du gouvernement et du Parlement, tous des hommes à ce moment (aujourd’hui,  deux partis politiques nés plus tard sont dirigés par des femmes)
  • convaincues des effets contre-productifs de l’embargo et sous le leadership des femmes de la société civile, les femmes en général, y compris celles des partis politiques, ont décidé de mettre de côté leurs diverses appartenances et divergences pour parler le même langage sur cette question. En effet, ces sanctions ont créé un  état de privation avec la rupture de stocks des produits de 1ère nécessité, des médicaments, du carburant, les intrants agricoles (Cela faisait souffrir beaucoup plus les femmes et les autres catégories vulnérables que les politiciens).  Parallèlement, les femmes se prononçaient clairement en faveur des négociations inclusives.
  • Sous les auspices de l’OUA et le Comité des femmes pour la paix et le développement présidé par la Vice Présidente Ougandaise, Dr Spéciosa KAZIBWE, une conférence des femmes burundaises venues de l’intérieur du pays et de la diaspora a été organisée en Ouganda. Cette conférence avait trois objectifs : plaider pour la levée de l’embargo, demander l’inclusion des femmes aux négociations d’Arusha et promouvoir le dialogue entre les femmes burundaises de l’intérieur  et de l’extérieur du pays.
  • La participation des femmes fut acquise au 3ème round des négociations avec un statut d’observateur. Les raisons principales avancées est que non seulement les femmes étaient représentées par les leaders des courants qui leur sont proches mais aussi la définition des parties en conflit et le règlement des négociations avaient déjà été arrêté aux rounds précédents et il n y avait évidement pas de place pour les femmes. Ce statut d’observateur a permis cependant aux femmes de  donner leur contribution, de  faire parvenir  leurs  revendications aux négociateurs par voie écrite, de faire le lobbying et le plaidoyer avec le soutien de la médiation et des représentants de la communauté internationale qui trouvaient les revendications des femmes légitimes.
  • Une conférence pluripartite des femmes burundaises tenue en Juillet 2000 avec le soutien de l’UNIFEM a été décisive pour l’inclusion des recommandations des femmes dans l’Accord final pour la paix et la réconciliation signé en Août 2000 ( 60% de ces recommandations ont été acceptés )

IV.IMPACT DE CETTE MOBILISATION

  • Des négociations plus ouvertes qui sont passées progressivement d’un débat exclusif entre les représentants des partis politiques et mouvements armés, vers un débat  plus ouvert et plus démocratique dans lequel les Burundais pouvaient aborder des questions d’intérêt commun telles que la sécurité, les garanties de la participation politique, le développement économique et le respect des droits fondamentaux de la personne humaine.
  • Humanisation des négociations: l’arrivée des femmes a contribué à amener plus de civilité entre les négociateurs. Avant les hommes se regardaient en chiens de faïence, s’accusaient mutuellement des fois avec des expressions très fortes et très dures. Avec la présence des femmes, les hommes se sont montrés plus civilisés ; ils n’osaient plus se lancer de propos insultants ou discourtois devant les femmes.
  • l’intégration d’une perspective sexo-spécifique dans le processus de négociation, de rétablissement de la paix et de reconstruction.
  • La référence explicite aux droits et devoirs proclamés et garantis par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes dans l’Accord de paix était  un gain important pour les femmes. Cette convention fait aujourd’hui partie intégrante de la Constitution de la République du Burundi.
  • La révision de la Constitution et du Code électoral qui émanait de l’Accord d’Arusha a donné aussi l’occasion d’introduire des dispositions favorables aux femmes comme les quotas et le système de cooptation. La Constitution précise bien qu’au niveau du gouvernement et de l’Assemblée Nationale et du Sénat, les femmes doivent être    représentées au moins à 30%.
  • Le crime de viol utilisé comme arme de guerre a été reconnu  comme crime contre l’humanité (une loi numéro 1/004/2003  portant répression du crime de génocide, du crime de guerre et du crime contre l’humanité a été votée et le  viol est pris  comme un crime non  amnistiable et non compressible)
  • La mentalité sur le leadership des femmes et le rôle des femmes dans la société a aujourd’hui changé :

En 1998: Un homme politique à Arusha disait: « votre place n’est pas ici, elle est dans la maison, dans la cuisine et au lit ».

Aujourd’hui, le discours a changé, les hommes politiques rivalisent dans le recrutement des femmes et dans la confection des programmes alléchants pour les femmes (cela se fait remarquer lors des confections des programmes électorales).

  • Les femmes prennent conscience aujourd’hui qu’elles constituent une force électorale non négligeable, et qu’elles  doivent apprendre à valoriser leurs voix, en demandant des comptes à leurs élus et en réclamant le droit à la participation. Au sortir des élections de 2010 par exemple, les femmes étaient à 32% à l’Assemblée Nationale, à la parité  au sénat (réduite à 46% par la présence d’Anciens chefs d’Etat dont l’appartenance au Sénat est automatique), 42% au gouvernement et plus  de 30% au conseil communal. Le recours à la cooptation notamment au Sénat et à l’Assemblée Nationale n’a pas été nécessaire comme cela avait été le cas après les élections de
  • Il ya eu un éveil politique des femmes qui s’est traduit par une augmentation du nombre de femmes adhérant dans les partis politiques et surtout par une participation active dans les activités des partis politiques.
  • Un effort d’instaurer ou d’approcher la parité  dans la mise en place des commissions nationales importantes s’observe : Comité de pilotage sur les consultations autour des mécanismes de justice transitionnelle (3/6),  Commission électorale (2/5) , Commission Nationale des droits de l’homme ( 3/7)
  • Au niveau international : la rédaction de la R1325 du CSNU a bénéficié entre autres des leçons apprises dans la participation des femmes burundaises au processus de paix (La R1325 a été adopté deux mois après la signature de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au BURUNDI)
  1. ET MAINTENANT, OÙ SOMMES NOUS ?

Depuis le mois d’Avril 2015, le Président Nkurunziza a été désigné candidat aux élections Présidentielles de 2015 en violation de l’Accord d’Arusha et de la Constitution et contre la volonté des membres influents de son parti politique, des  organisations de la société civile, du service national de renseignements,  et d’autres acteurs .  Cette candidature intervenait par ailleurs en dépit du  rejet par le Parlement de la proposition du Président de modifier la Constitution pour lui permettre de briguer un troisième mandat.

La résistance des anti troisième mandat  entamée le 26 Avril 2016 pour amener le Président Mkurunziza  à renoncer à ce mandat de trop  a eu comme réponse la répression violente et criminelle , les emprisonnements , les tortures , les assassinats ciblés , les exactions extrajudiciaires , les viols etc… Tout a été mis en œuvre  pour éliminer toute personne qui  pouvait constituer un obstacle  au troisième mandat de Nkurunziza.  Une situation qui dépasse tout simplement l’entendement avec plus de 1068 personnes assassinées[9], autour de 271.677[10]  poussées à l’exil sans compter d’innombrables déplacés internes.

C’est dans ce contexte explosif qu’est né le  Mouvement des Femmes pour le Respect de la Constitution et des Accords d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation, qui a été rebaptisé « Mouvement des Femmes et Filles pour la paix et la sécurité au Burundi », afin d’embrasser tous les aspects de la Résolution 1325[11]  et s’impliquer dans la recherche de la solution à la crise au Burundi.  Ce mouvement réunit les  femmes et  filles issues de divers partis politiques, les leaders des organisations de la société civile, les femmes leaders d’opinion, vivant aussi bien à l’intérieur du pays que dans la diaspora sans oublier les femmes refugiées suite à cette crise. Les membres du  mouvement organisent des activités de plaidoyer en faveur de la paix dans le pays notamment par l’organisation  des  réunions bilatérales autour des principaux acteurs et des personnes influentes  dans le but de soutenir les initiatives de résolution de la crise.

  1. Vers Arusha II

Depuis le mois de Juillet 2015, les tentatives de recherche de la solution à la crise burundaise ont abouti à la désignation du Président Museveni comme médiateur entre les différents protagonistes burundais. Plutôt préoccupé par sa campagne électorale, son implication directe s’arrêtera à la première tentative de médiation au mois de Juillet 2015 à BUJUMBURA, en l’absence des acteurs en fuite à l’étranger. Il laissera ensuite le travail de consultations à son ministre de la défense, l’honorable Crispus KIYONGA . Sous la pression de la communauté internationale qui attendait impatiemment, le dialogue fut relancé en date du 28 décembre 2015 à Kampala, cette fois ci avec la participation des acteurs vivant en dehors du pays. Le début du dialogue qui était annoncé pour le mois de janvier 2016 n’a pas encore vu le jour. Lors du dernier sommet de l ‘EAC , l’ancien Président Tanzanien Benjamin Mkapa a été désigné , facilitateur dans le conflit burundais  pour travailler avec le Président Museveni . Il a récemment organisé des consultations avec les leaders des pays de l ‘EAC et les acteurs clés dans le conflit burundais .Depuis,  l’attente se fait longue .  Entre temps, des déclarations  et résolutions  se succèdent  sur le Burundi. La dernière en date étant la résolution 2279 du Conseil de sécurité des Nations Unies  dont la nouveauté serait d’envoyer une  police des Nations Unies au Burundi pour  soutenir les efforts de l’Union africaine, qui déploie elle-même des observateurs au Burundi. Toutes ces résolutions  disent la même chose  et recommandent la même chose à quelque nuance près. Toutes font le même constat : les tueries,   les tortures, les enlèvements, les disparitions, et les détentions illégales continuent. Rien n’est fait. Une résolution succède à une autre, pas d’évaluation sur la mise en œuvre de la résolution précédente. On note quelques avancées que le gouvernement sait très bien doser pour amadouer la communauté internationale mais l’essentiel reste à faire. Dans toutes ses résolutions, une constante recommandation se dégage : Il s’agit de la reprise sans délai d’un véritable dialogue inclusif entre le gouvernement burundais et l’ensemble des acteurs engagés pour une solution pacifique, qu’ils soient présents ou non dans leur pays. Arusha est déjà pressenti pour abriter encore une fois le dialogue inter burundais.

Arusha II sera- telle une solution bis à la crise burundaise bis ? Les femmes burundaises qui avaient obtenues le statut d’observateur à Arusha I souhaitent aujourd’hui être parties prenantes au dialogue. Mais au préalable,  leur souhait est que la violence s’arrête pour créer de bonnes conditions de dialogue. Enfin, si les conditions pour le dialogue sont réunies,  les femmes seront là pour défendre leur agenda d’un Burundi qu’elles souhaitent pour leur progéniture et les générations futures.  Pour le moment, elles s’interrogent : Est-ce que les gens sont conscients de la gravité de la situation qui prévaut au Burundi ? Quand est ce que le dialogue annoncé va démarrer ? Combien de temps il va durer ? Comment éviter définitivement le retour à la table des négociations  d’ici dix ou 15 ans ? Comment endiguer à jamais la question de l’impunité ? Comment obtenir un leadership éthique  que les femmes ont identifié comme défi majeur , un leadership visionnaire , prêt à consentir des sacrifices pour le  Burundi , qui peut conduire le changement et la transformation nécessaires à la construction du pays ? Un leadership motivé par l’humanisme et non par le pouvoir autocratique ? Un leadership qui bannit l’ethnicisation du Burundi ? Wait and see.

[1] Arusha est une ville tanzanienne où se sont déroulées les négociations inter-burundaises de paix.Elle a été choisie à la fois pour des raisons pratiques et géographiques. Elle  abrite le centre international des conférences érigé par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est qui regroupe .Enfin, les Nations Unies y ont établi le siège du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) chargé de juger les responsables du génocide rwandais de 1994.

[2] Accord d’Arusha pour la paix et la Réconciliation, Protocole 1, Article 4

[3] Les militants du Parti de feu Président Melchior NDADAYE se sont vengés sur la population de l’ethnie tutsie. Certains qualifient ces tueries de génocide contre les tutsis à l’image de ce qui s’est passé au Rwanda en 1994 mais les Nations Unies qui ont cette latitude  de qualification ne s’est jamais prononcé sur ce cas.

[4] Kajaga est le lieu de l’Hôtel Club des Vacances ou s’étaient retranché les autorités qui venaient de subir  le coup de force , actuel Club du Lac Tanganyika .

[5] Cela était dicté par le fait que le parti qui avait gagné les élections avait perdu la légitimité car il avait livré à la vindicte populaire les citoyens qui n’étaient pas de son obédience.

[6] C’était une coalition des partis proches du parti au pouvoir

[7] Ces partis étaient majoritairement d’obédience tutsi

[8] Cinq commissions avaient été convenues pour réfléchir sur1)la nature du conflit burundais ,les problèmes de génocide et d’exclusion et leurs solutions 2)la démocratie et la bonne gouvernance 3)la paix et la sécurité pour tous 4)la reconstruction et le développement 5)les garanties pour la mise en œuvre de l’accord découlant des négociations de paix sur le Burundi

[9] Chiffres actualisés rendus publics par le Président de APRODH (Association pour la  protection des  droits de l’homme ) en date du 9 Avril 2016

[10] Les chiffres actualisés  par le HCR au mois de Avril

[11] La résolution 1325 a été votée unanimement par le conseil de sécurité des Nations Unies le 31 0ctobre 2000 et  appelle à la participation des femmes dans la prise de décisions sur les questions de la paix et la sécurité notamment dans les processus de paix.

par Catherine MABOBORI

03 Aug 2016

Les Femmes constituent une majorité invisible dans les médias Burundais.

Les femmes, comptant pourtant pour 52 % de la population Burundaise, sont représentées à moins de 30% dans les médias aussi bien parmi les prestataires de service que dans les contenus des médias. Ce constat a été fait par l’Association de Femmes Journalistes du Burundi(AFJO) dans une communication de sa présidente, Madame Agathonique Barakukuza, devant un parterre de responsables des Médias, de Journalistes des médias publics et privés ainsi que les bailleurs présents dans la salle de la Maison de la Presse à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la liberté de la presse.

A la Direction Générale des Publication de Presse Burundaises les femmes représentent 25 % contre 75 % hommes des membres du comité de direction nommés par Décret présidentiel. L’équipe de direction du Renouveau du Burundi est paritaire tandis qu’aucune femme ne figure dans la direction de l’Hebdomadaire public Ubumwe. Le Renouveau compte 42,30% de journalistes femmes dans sa rédaction, 33,3 % sont éditorialistes et 40% des chefs de rubriques bien que les rubriques importants, coopération et actualités internationales, ne comptent aucune femme. Les femmes journalistes sont à 66,66% dans l’équipe de direction de la documentation, un autre département des Publications de presse Burundaises dont la rédaction est dirigée par une femme. A l’Agence Burundaise de Presse (ABP), les femmes ne représentent que 27,02% du nombre total des journalistes mais aucune d’elles n’est nommée au comité de direction et à la tête d’un desk. 31% du personnel de la radio scolaire NDERAGAKURA sont des femmes mais 16% seulement occupent des postes de responsabilité. A la Radio télévision Nationale, les femmes représentent 37% du personnel et seulement 31% occupent des postes de responsabilité.

Dans les medias audio-visuels privés, certaines radios ne comptent que 12% du personnel qui sont des femmes. Sur 10 médias audio-visuels privés qui ont fait l’objet d’analyse, seules la radio « Ijwi ry’umukenyezi » et les radios confessionnelles Ivyizigiro et la radio-télévision Salama sont dirigées par des femmes. La radio Ijwi ry’Umukenyezi compte 51% femme au sein de son personnel. Dans la presse écrite privée régulière, les femmes journalistes sont 26,1% mais celles qui occupent des postes de prise de décision ne représentent que 2,04% et là encore au niveau des chefs de service seulement la direction étant exclusivement réservée aux hommes.

Les femmes dans les contenus médiatiques

Au Renouveau, 55,55% des femmes qui s’y expriment s’expriment sur d’autres femmes alors que 44,44% parlent des sujets d’intérêt commun. Au journal Ubumwe, les femmes ressources décelées s’expriment à des proportions égales, et sur la femme et sur les sujets d’intérêt commun. A l’ABP, les femmes qui s’expriment sur d’autres femmes ne représentent que 12,5% alors que celles qui traitent des sujets d’intérêt commun (surtout la politique) sont à 87,5%. Dans l’ensemble des médias burundais la femme est plus souvent représentée dans ses fonctions sociales et professionnelles « traditionnelles » de mère, secrétaire, cuisinière, institutrice au primaire, cultivatrice. En outre, elle est souvent représentée dans les médias écrits ou audiovisuels comme membre d’une catégorie vulnérable de la population. Elle est fréquemment montrée dans un statut de victime des violences diverses et des catastrophes naturelles. La diversité des fonctions, des métiers et des responsabilités exercées par la femme burundaise n’est pas suffisamment promue par les médias burundais.

Pour remédier à cette situation, l’AFJO recommande la mise en place des conventions collectives tenant compte des questions spécifiques des femmes sur le lieu du travail, la nomination dans les organes de prise de décision des médias des femmes journalistes sensibles et formées aux questions liées au genre. En plus de cela, l’AFJO juge nécessaire d’imposer un code d’éthique et de déontologie de la publicité qui tienne compte du genre et empêcherait par exemple l’exploitation du corps de la femme dans les publicités. L’intégration de la dimension genre dans les politiques de communication des institutions, le renforcement des capacités des responsables des médias en genre et l’élaboration d’un répertoire des femmes ressources pour les médias sont autant d’actions qui ont également été recommandes

par Agnès NINDORERA

03 Aug 2016

Les médias libres du Burundi: Informer au delà de l’exil

Cela va faire bientôt un an que les journalistes burundais en exil sont mobilisés pour continuer à fournir une information libre et fouillée sur la situation au Burundi. Malgré de nombreux obstacles, ils persévèrent dans leurs efforts de sauvegarde des acquis de l’Accord d’Arusha, pour la paix, la démocratie et la liberté de la presse.
Propulsé par une génération de journalistes engagés, l’espace médiatique burundais était caractérisé depuis près de 20 ans par un dynamisme sans précédent. Fait notable dans un pays marqué par des années de conflits, les médias libres avaient réussi le pari de la réconciliation. Ils participaient activement à l’émergence d’un terreau fertile pour le vivre ensemble et l’acceptation de l’autre. D’ethnies différentes, de sensibilités politiques parfois divergeantes, les journalistes des médias libres n’en donnaient pas moins la parole à toutes les tendances,aux politiques de tout bords, à la société civile, aux corporations, au burundais lamda, aux laissés pour compte, aux sans voix… Les ennemis d’hier fraternisaient volontiers sur les plateaux, les joutes verbales se substituaient aux luttes armées, la compréhension, au pire l’indifférence semblait remplacer les rancoeurs.
Pluralistes et éclectiques, ces médias suivaient différentes lignes éditoriales. Certains privilégiaient le journalisme d’investigation, d’autres s’attachaient à reporter uniquement les faits, la majorité s’était orientée par secteur: conflits et réconciliation, culture, entreprenariat, religion,… Le travail n’était certes pas exempt d’erreurs ou d’approximations mais comme pour tout secteur en développement, les progressions primaient largement sur les imperfections.Au fil des ans, cette presse plurielle avait forgé une certaine opinion.“On sentait que ces médias étaient au service du peuple. Les politiques ne pouvaient plus nous manipuler si facilement” affirme Jacques Niyukuri, un fidèle auditeur. Les collaborations ponctuelles via la plateforme de la synergie des médias tenaient le public en haleine et venaient renforcer l’image d’une presse forte et solidaire. Cette histoire d’amour avec le public allait pleinement se manifester le 19 février 2015, jour de la libération du directeur de la RPA Bob Rugurika, alors incarcéré à la prison de Muramvya pour avoir refusé de divulguer l’adresse où se cachait sa source, l’un des auteurs présumés de l’assassinat des trois sœurs italiennes à Kamenge. Ce dernier désignait le SNR (Service National de Renseignement) et plus particulièrement son patron de l’époque le Général Adolphe Nshimirimana comme principal commanditaire du crime ignoble.Suite à une pression diplomatique importante, Bob Rugurika était libéré. Une liesse populaire inédite s’emparait alors de tout le pays. Des milliers de Jeunes, vieux, hommes, femmes, hutu, tutsi, nantis et vulnérables déferlaient dans les rues dans un immense élan spontané. Au grand dam du régime au pouvoir, cette célébration citoyenne venait confirmer ce que tout le monde percevait déjà: Les médias indépendants n’étaient pas seulement le 4ème pouvoir au Burundi, ils étaient Le pouvoir populaire.Un pouvoir que le régime Nkurunziza avait essayé d’étouffer au fil des ans sans succès. Un pouvoir trop dérangeant, trop gênant. Car, tel les épisodes d’un feuilleton à rebondissement, les scandales politiques qui jalonnaient la gouvernance Nkurunziza étaient fidèlement relayés par des journalistes foncièrement libres et courageux. A l’image d’un Jean Dominique ou d’une Ana Politkovskaïa, leur courage allait repousser les frontières de la vérité, celle que le pouvoir aurait préféré enfouir loin des oreilles, des yeux et de la conscience du Burundi et du monde.

Du grotesque montage contre l’ancien vice-président Alphonse-Marie Kadege au scandale des imbonerakure du Khiliba ondes en passant par l’assassinat de l’activiste Ernest Manirumva, les massacres de Gatumba et les exécutions extrajudiciares dans les collines, tout était dévoilé sur les ondes, dans la presse écrite, sur le petit écran, sur le net… Les fuites s’accumulaient et le régime découvrait dépité la porosité avancée de son système malfaisant. Alors l’oppression s’accentuait. Les journalistes étaient harcelés, menacés, emprisonnés…

“Nos médias avaient déjà subi une certaine forme de répression sous d’autres pouvoirs comme lorsque Domitien Ndayizeye avait fermé la RPA pendant près d’un mois ou encore sous Pierre Buyoya après la diffusion d’interviews avec les représentants des groupes armés de l’époque. Mais ce n’était souvent que de l’intimidation. La répression de Pierre Nkurunziza est d’un tout autre ordre. Elle est tout simplement criminelle” s’indigne le directeur de la RPA Bob Rugurika qui, dès 2012, avait dû mettre sa famille à l’abri suite à des menaces ciblées sur la personne de son épouse.

L’échec du coup d’Etat du 13 mai 2015 allait ainsi fournir le prétexte idéal au pouvoir Nkurunziza pour achever ce qu’il avait planifié maintes fois sans grande réussite. “Le régime avait tenté et tente encore aujourd’hui de fragiliser les médias par la corruption ou en essayant de jouer sur la carte ethnique” fait remarquer la directrice de la radio Isanganiro Anne Niyuhire, aujourd’hui en exil. De même, Gilbert Niyonkuru, chef des programmes de la RPA, se rappelle avoir été informé de plans de destruction de la station et les avoir dénoncés sur les ondes de la radio deux semaines auparavant. “Il y avait eu des actes de déstabilisation en interne mais ayant compris que leurs tentatives étaient vouées à l’échec, ils avaient décidé que la seule solution était de détruire nos bâtiments et nos matériels”. Plusieurs médias furent brûlés et détruits le 14 mai 2015.

Informer au delà de l’exil

Depuis lors, 83 journalistes ont été forcés à l’exil. Certains dans des conditions dramatiques.

Ancien journaliste à la RPA, Jean-Marie Hezimana alias Mashok était d’antenne le 13 mai 2015. Averti par un agent du SNR qu’il était en danger de mort, il avait réussi à quitter le pays un mois plus tard. Mashok est désormais exilé en Uganda. Le 13 octobre 2015, son beau-frère, le journaliste de la RTNB Christophe Nkezabahizi et sa famille étaient sauvagement assassinés devant leur domicile par des agents de la police selon plusieurs témoins. “Je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont été tués” s’indigne un Mashok profondément meurtri et qui craint toujours pour sa propre sécurité.
Les journalistes exilés pour la plupart à Kigali se sont organisés et ont développé des programmes d’informations quotidiens. Inzamba, Humura, la plateforme Tv Renaissance sont largement suivis sur les réseaux sociaux. Leurs journalistes tendent le micro aux citoyens burundais, aux leaders politiques en exil, aux activistes de la société civile, relaient la campagne lundi noir et les messages de paix du Mouvement des Femmes et Filles pour la Paix et la Sécurité au Burundi,… Des émissions qui rencontrent un public nombreux et grandissant. “La plateforme TV Renaissance diffusée en streaming enregistre 25000 connexions par jour” énonce son directeur Innocent Muhozi.

En plus des réseaux sociaux, la RPA est désormais diffusée en ondes courtes une heure par jour (RPA Fréquence en ondes courtes Bande 19M 15480 KHZ) . “Il était très important pour nous d’arriver à émettre sur une fréquence qui peut être captée au Burundi. Surtout que la majorité des Burundais n’ont pas de smartphone.” indique Gilbert, rédacteur en chef du magazine d’information Humura et chef des programmes RPA. Un objectif que s’est aussi fixé le journal Inzamba qui regroupe des journalistes provenant de divers médias: Bonesha, Isanganiro, RTNB,… Mais le média se heurte encore à des difficultés de financement. ”Il nous faudrait réunir au minimum 6000 euros par mois” précise Alexandre Niyungeko directeur d’Inzamba et président de l’Union Burundaise des Journalistes.

Le coût exorbitant des frais de diffusion en ondes courtes vient s’ajouter aux coûts de production et au défi de trouver des salaires décents pour les journalistes dont le travail s’apparente pour l’heure à du bénévolat. Des journalistes qui vivent pour la plupart dans des conditions précaires avec des familles à charge et des enfants à nourrir.

Gilbert Niyonkuru relève un autre défi non moins important: L’accès aux sources d’information et leur sécurisation. Des sources qui, au péril de leur vie, continuent tant bien que mal à collecter le plus d’informations possible. Des informateurs dont il faut impérativement protéger l’anonymat pour continuer à maintenir le Burundi et le monde informés.

A la question de savoir où ces journalistes trouvent la motivation malgré autant de contraintes, le directeur de TV Renaissance Innocent Muhozi répond sans hésitation: “Le besoin d’informer. L’information est essentielle. Elle régule nos vies, permet de prendre des décisions en connaissance de cause. Et dans un pays comme le Burundi c’est une question de vie ou de mort. Les crimes qui s’y commettent ne doivent pas restés méconnus.”

L’exil n’aura donc pas entamé la détermination de ces journalistes. Non plus les dernières mesures du gouvernement qui, sous le couvert d’une volonté de réouverture de l’espace médiatique, a fait signer un acte d’engagement à la radio Isanganiro lui permettant de reprendre ses activités. ““Isanganiro est entré dans le jeu du gouvernement en signant cet acte qui stipule qu’il y a des informations à ne pas diffuser. Autrement dit, la radio a accepté de céder son indépendance dans le traitement de l’information” déplore Patrick Nduwimana, président de l’association des Radio-diffuseurs du Burundi et directeur de la radio Bonesha lui aussi en exil. Une réouverture qui est intervenue sans l’accord de la directrice Anne Niyuhire mais sur décision du comité exécutif de la radio.

Autre mesure récente, le CNC vient de lancer une campagne nationale de recensement des journalistes qui permettra à l’organe de régulation de distribuer des cartes nationales de presse. “Ce n’est pas une mauvaise idée en soi mais ce n’est vraiment pas le bon moment.” commente Alexandre Niyungeko, président de l’Union burundaise des journalistes. La mesure fait sourire Bob Rugurika: “Dans un pays où un si grand nombre de journalistes sont en exil, c’est une initiative malheureuse qui ne nous poussera certainement pas au retour

Un retour envisagé par les journalistes sous des conditions bien différentes “Notre retour ne sera possible que dans le cadre d’un processus global de stabilisation du Burundi et d’une convention de tous les acteurs engagés dans la résolution de cette crise. C’est un véritable crève coeur de voir tout ce que le Burundi a perdu avec ce troisième mandat, la destruction des médias, la répression des figures de l’opposition et de la société civile. Tous les acquis de l’Accord d’Arusha doivent être rétablis. Nos confrères restés au Burundi sont tétanisés par la peur. Ils ne peuvent dénoncer ce qui s’y passe sous peine de mort”, ajoute Bob Rugurika. Un sentiment partagé par Mashock: “Je reviendrai lorsqu’il y aura la paix, l’ordre et la sécurité, lorsqu’il y aura un cadre légal permettant de poursuivre en justice tous ceux qui tuent, violent, volent… et ceux qui ont détruit les médias.

Les médias regrettent également de ne pas avoir été invités lors de la reprise du dialogue le 21 mai 2016 qui s’avéra par la suite n’être que des consultations. Surpris par la sortie d’un communiqué de la Facilitation qui soutenait que les médias avaient été invités, ils se sont empressés de rédiger une correspondance indiquant leur position. “Aucune organisation des professionnels des médias burundais n’a été invitée, aucun représentant de l’Union Burundaise des journalistes, de l’Association des Radio-diffuseurs ou de l’Observatoire de la Presse Burundaise. Nous n’exigeons pas que tous soient invités, même un seul responsable pourrait nous représenter valablement. Le directeur de la radio télévision nationale ou le président du CNC (Conseil National de la Communication) ne saurait représenter les médias burundais” commente Alexandre Niyungeko. Un souhait conforté par le signe encourageant perçu le 28 décembre 2015 lors de l’ouverture du dialogue à laquelle Innocent Muhozi et Anne Niyuhire avaient participé. Un désir légitimé par le rôle actif joué par les médias en acteur incontournable dans la couverture de cette période charnière de l’histoire du Burundi. Une participation qui crédibiliserait certainement un processus qui souffre encore du manque d’inclusion effective de tous les acteurs engagés dans la résolution de cette crise.

par Natacha SONGORE

10 May 2016

Abarundikazi en marche: la naissance d’un mouvement

Mai 2015. La colère gronde dans les cœurs de tous ceux qui croyaient les temps d’instabilité politique révolus, dans les âmes des plus hardis qui rêvaient d’un Burundi libéré de ses démons, dans les esprits des plus jeunes, des plus engagés, des plus déterminés à tourner la page d’une histoire qui ne leur ressemble pas, d’un passé auquel ils ne s’identifient guère. Elle gronde, ronge, tord douloureusement le seing des Barundikazi, des porteuses infatigables de nos générations, mais pourtant harassées par cette douleur chronique, entêtée, comme viscéralement attachée à cette nation malmenée.

Depuis le 26 avril 2015, la répression des manifestations contre la prétention illégale et illégitime du Président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat fait rage. Les démonstrations pacifiques sont réprimées dans le sang. Les manifestants, des jeunes pour la plupart, sont violentés, blessés et arrêtés, désignés coupables du seul crime de revendiquer leur droit au respect des textes fondamentaux du Burundi: la Constitution et l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation, obtenu de haute lutte après des années de guerres cycliques et tant de vies perdues. Et voilà que l’entêtement d’un seul homme ramène le pays au bord du précipice. Pierre Nkurunziza n’hésite pas à piétiner les engagements de tout un peuple, à ôter la vie de ceux dont il a la charge, de pauvres jeunes pour certains à peine sortis de l’enfance. Nepomucène Komezamahoro est assassiné le premier jour des manifestations. Il n’a que 15 ans. D’autres suivront après lui. Il n’en faudra pas plus pour que les femmes se lèvent et répondent à l’appel pressent de leurs cœurs meurtris. Un objectif: envahir les rues à leur tour de leurs pas, de leurs rêves, de leurs convictions, de leurs indignations.

Marcher contre ce hold up institutionnel, ce mandat de la division et de la régression. Marcher contre le traitement inhumain infligé à leurs fils, leurs frères, leurs maris, leurs pères. Marcher pour exercer leur devoir de citoyennes responsables. Enfin, marcher parce qu’elles avaient compris que ce cliché persistant de la femme ” vulnérable et fragile” tournerait finalement à leur avantage.

L’appel à organiser une marche pacifique des femmes fut lancé par la poète Ketty Nivyabandi. La communication d’abord restreinte rencontra rapidement un écho grandissant chez plusieurs femmes dont certaines regroupées au sein de diverses associations féminines qui pensaient aussi à des actions en ce sens. La mobilisation des femmes pour la marche se fit donc spontanément. Leurs divers parcours, choix, engagements, convictions les avaient amenées précisément là, en ces circonstances, où elles se devaient de relever le défi de leur temps. Unies par une peine commune, un rêve partagé, ouvertes les unes aux autres, sortant des sentiers battus, elles se convinrent de porter l’initiative au delà des organisations, associations ou petits égos. La manifestation pacifique serait donc portée par un Mouvement ouvert à toutes les femmes sans distinction d’ethnie, de région, d’appartenance religieuse ou de sensibilité politique.

Elles s’organisèrent vite. Le temps pressait, la répression se durcissait. Il fallait faire entendre leurs voix, faire résonner leurs cris trop longtemps tus, trop souvent étouffés. Marcher, marteler, scander mais non sans l’avoir auparavant annoncé publiquement. Car contester, c’était aussi continuer à exercer leur droit d’expression et de revendication à travers les médias, un droit qui venait de tomber sous le coup des restrictions hargneuses d’un régime désormais ouvertement terroriste. Soudainement, pour ces femmes, communiquer officiellement devenait tout aussi vital que manifester dans les rues, une manière de braver l’interdit injustifié et injuste, une façon de refuser l’intimidation. Elles organisèrent une conférence de presse qui fut relayée par plusieurs médias. Le message circula aussi beaucoup sur les réseaux sociaux.

L’appel du Mouvement des Femmes et Filles pour le Respect de la Constitution et de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation fut ainsi largement entendu. Le 10 mai 2015, près de deux cents femmes arpentèrent les rues du centre ville en direction de la place de l’indépendance qui constituait l’objectif ultime des marches manifestations du mouvement citoyen contre le troisième mandat. Malgré un accueil initial des policiers assez brutal et des tentatives de dispersion, la marche des femmes put se dérouler assez paisiblement. A une cinquantaine de mètres de la place de l’indépendance, après deux heures de marche, chants, sit-in, les policiers leur intimèrent de rebrousser chemin. Elles obtempérèrent.

Ragaillardies par le succès de cette première sortie, elles décidèrent d’organiser rapidement une seconde manifestation pour tenter de parvenir à la Place de l’Indépendance. Elles n’auraient de repos qu’une fois la cible atteinte Mais elles pouvaient déjà se réjouir de constater que leur courage et leurs stratégies faisaient des émules. Désormais la plupart des manifestations comprenaient des femmes en tête de rang.

Avaient-ils été effrayés de l’impact de la première marche des femmes? Redoutaient-ils une mobilisation plus forte et qui serait vite incontrôlable? Toujours est-il que les policiers usèrent d’une violence inouïe lors de la répression de la marche du 13 mai. Les femmes essuyèrent plusieurs jets d’eau très puissants et des dizaines de tirs de bombes lacrymogène couramment utilisés dans la répression des manifestations violentes. Mais c’était sans compter la détermination farouche qui les animait en ce jour historique où elles atteignirent enfin la place de l’indépendance et ses alentours. Elles résistèrent aux tentatives violentes de refoulement des policiers pendant près de 4 heures, décidées à maintenir le sit-in jusqu’à l’annonce de la renonciation du Président Pierre Nkurunziza au troisième mandat.

Mais l’Histoire en avait décidé autrement. La marche des femmes du 13 mai 2015 allait coïncider avec la tentative de coup d’Etat manqué qui fut suivie d’une répression meurtrière et d’une chasse à l’homme inédite dans l’histoire du Burundi. Tous les manifestants étaient officiellement assimilés à des putschistes dans le discours revanchard du Président Pierre Nkurunziza. La plupart des manifestantes et des organisatrices de la manifestation furent forcées de s’exiler. Certaines perdirent la vie, d’autres sont portées disparues.

Les femmes ne se découragèrent pas pour autant et se réorganisèrent rapidement. Le Mouvement fut rebaptisé Mouvement des Femmes et Filles pour la Paix et la Sécurité au Burundi. Il regroupait dorénavant des burundaises du monde entier, appartenant à diverses associations du Burundi et de la diaspora ainsi que des indépendantes, fortes d’expériences, de compétences et de talents divers et déterminées à continuer sans relâche la noble lutte qui les avaient réunies.

Aujourd’hui, en collaboration avec de nombreux autres acteurs engagés dans les efforts de résolution de cette crise, les barundikazi du MFFPS participent à tracer un nouveau chemin que chaque burundais épris de démocratie, de paix et de sécurité est invité à emprunter. Le chemin que traverse les femmes et hommes respectueux de nos lois fondamentales, celui que fraie avec courage et persévérance les burundais de conviction et d’action, celui qu’illumine les esprits assoiffés de justice et de vérité, celui qui est pavé de nos valeurs culturelles ancestrales. Celui qui, poursuivi fidèlement, mènera sûrement au Burundi désiré. Un Burundi en paix et en sécurité pour les générations présentes et pour celles à venir.

par Natasha SONGORE

10 Mar 2016

Le soleil se lèvera un jour.

On parle de moi mais c’est notre histoire à toutes. C’est l’histoire de toutes ces femmes qui se sont levées, et   qui l’espace d’un matin ont osé déchirer la tyrannie par leur courage.
Aujourd’hui vous gardez profil bas. Certaines ne pourront même pas ‘aimer’ ce post par peur de représailles. Beaucoup sont éparpillées, devenues réfugiées pour avoir cru en la justice, en la vérité. Bien d’autres ne sont plus de ce monde… 

Un jour, vos noms seront connus. 
Vos récits publiés. 
Vos enfants vous demanderont de raconter, pour la vingtième fois, comment vous, ‘abapfasoni’, avez osé marché si droites au milieu de la terreur policière. 
On parlera de celles qui se dressaient en ceinture de sécurité pour nous protéger, de nos éclaireuses, de celles qui chantaient pour nous remonter le moral, celles qui n’avaient pas peur de se mettre devant, de défier les policiers par leurs mots, leurs gestes, par leurs chants de paix, leurs mouchoirs blancs. 
On parlera de ces femmes voilées de Buyenzi tenant les doigts parés d’or de femmes de Kiriri, et de ce simple chapelet entre leurs deux mains. De ces jeunes étudiantes de l’université du Burundi criant à tue-tête, leurs poumons plus larges que leurs maigres chemises: “Twishakire ubumwe, twishakira amahoro” (Nous voulons l’unité, nous voulons la paix).

J’aimerais tellement pouvoir vous nommer, si seulement cela ne vous mettait pas en danger, dans cette république qui ne tolère plus aucune dissidence…

Trop souvent l’histoire d’une nation se raconte au masculin. Ce sera donc à nous de préserver et raconter cette belle résistance. Pour qu’elle inspire d’autres beaucoup plus grandes, plus audacieuses. Pour que nos filles sachent que la destinée de leur pays leur appartient aussi et leur appartiendra toujours.
Et que le Burundi soit aussi connu comme le pays des ‘femmes intègres’…
Nous ne sommes qu’un maillon dans l’histoire certes, mais l’histoire est en marche, et notre rôle demeure crucial. Chacun, chacune a sa place.

La révolution pour un Burundi nouveau et juste, un Burundi d’ubuntu pour tous n’est pas avortée. Elle est en pleine gestation, elle vit en chacun de nous. 
Tout ceci, n’est que contractions.

Alors courage mes vaillantes sœurs, courage à tous nos chers frères, courage à notre jeunesse. 
Nous briserons ce cycle de violence et d’injustice qui nous emprisonne tous depuis des décennies. 
Le soleil se lèvera sur le Burundi. 
Mais d’abord, il devra impérativement se lever et briller en nous…

 Par Ketty Nivyabandi