03 Aug 2016

Les Femmes constituent une majorité invisible dans les médias Burundais.

Les femmes, comptant pourtant pour 52 % de la population Burundaise, sont représentées à moins de 30% dans les médias aussi bien parmi les prestataires de service que dans les contenus des médias. Ce constat a été fait par l’Association de Femmes Journalistes du Burundi(AFJO) dans une communication de sa présidente, Madame Agathonique Barakukuza, devant un parterre de responsables des Médias, de Journalistes des médias publics et privés ainsi que les bailleurs présents dans la salle de la Maison de la Presse à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la liberté de la presse.

A la Direction Générale des Publication de Presse Burundaises les femmes représentent 25 % contre 75 % hommes des membres du comité de direction nommés par Décret présidentiel. L’équipe de direction du Renouveau du Burundi est paritaire tandis qu’aucune femme ne figure dans la direction de l’Hebdomadaire public Ubumwe. Le Renouveau compte 42,30% de journalistes femmes dans sa rédaction, 33,3 % sont éditorialistes et 40% des chefs de rubriques bien que les rubriques importants, coopération et actualités internationales, ne comptent aucune femme. Les femmes journalistes sont à 66,66% dans l’équipe de direction de la documentation, un autre département des Publications de presse Burundaises dont la rédaction est dirigée par une femme. A l’Agence Burundaise de Presse (ABP), les femmes ne représentent que 27,02% du nombre total des journalistes mais aucune d’elles n’est nommée au comité de direction et à la tête d’un desk. 31% du personnel de la radio scolaire NDERAGAKURA sont des femmes mais 16% seulement occupent des postes de responsabilité. A la Radio télévision Nationale, les femmes représentent 37% du personnel et seulement 31% occupent des postes de responsabilité.

Dans les medias audio-visuels privés, certaines radios ne comptent que 12% du personnel qui sont des femmes. Sur 10 médias audio-visuels privés qui ont fait l’objet d’analyse, seules la radio « Ijwi ry’umukenyezi » et les radios confessionnelles Ivyizigiro et la radio-télévision Salama sont dirigées par des femmes. La radio Ijwi ry’Umukenyezi compte 51% femme au sein de son personnel. Dans la presse écrite privée régulière, les femmes journalistes sont 26,1% mais celles qui occupent des postes de prise de décision ne représentent que 2,04% et là encore au niveau des chefs de service seulement la direction étant exclusivement réservée aux hommes.

Les femmes dans les contenus médiatiques

Au Renouveau, 55,55% des femmes qui s’y expriment s’expriment sur d’autres femmes alors que 44,44% parlent des sujets d’intérêt commun. Au journal Ubumwe, les femmes ressources décelées s’expriment à des proportions égales, et sur la femme et sur les sujets d’intérêt commun. A l’ABP, les femmes qui s’expriment sur d’autres femmes ne représentent que 12,5% alors que celles qui traitent des sujets d’intérêt commun (surtout la politique) sont à 87,5%. Dans l’ensemble des médias burundais la femme est plus souvent représentée dans ses fonctions sociales et professionnelles « traditionnelles » de mère, secrétaire, cuisinière, institutrice au primaire, cultivatrice. En outre, elle est souvent représentée dans les médias écrits ou audiovisuels comme membre d’une catégorie vulnérable de la population. Elle est fréquemment montrée dans un statut de victime des violences diverses et des catastrophes naturelles. La diversité des fonctions, des métiers et des responsabilités exercées par la femme burundaise n’est pas suffisamment promue par les médias burundais.

Pour remédier à cette situation, l’AFJO recommande la mise en place des conventions collectives tenant compte des questions spécifiques des femmes sur le lieu du travail, la nomination dans les organes de prise de décision des médias des femmes journalistes sensibles et formées aux questions liées au genre. En plus de cela, l’AFJO juge nécessaire d’imposer un code d’éthique et de déontologie de la publicité qui tienne compte du genre et empêcherait par exemple l’exploitation du corps de la femme dans les publicités. L’intégration de la dimension genre dans les politiques de communication des institutions, le renforcement des capacités des responsables des médias en genre et l’élaboration d’un répertoire des femmes ressources pour les médias sont autant d’actions qui ont également été recommandes

par Agnès NINDORERA