14 Oct 2017

Témoignage de Vanessa Alaine Kaneza

Témoignage de Vanessa Alaine Kaneza
“Je demande à la Cour pénale internationale de m’aider à demander à Pierre Nkurunziza de me remettre mon mari. Il lui a servi fidèlement, il était son instrument.. S’il lui a trouvé une nouvelle mission, qu’il me dise où il a mis mon mari”.
C’est le cri de détresse de Vanessa Alaine Kaneza, l’épouse d’Aimé Aloys Manirakiza alias “Musaga”, milicien Imbonerakure introuvable depuis son arrestation par un brigadier de la garde présidentielle, Jonas Ndabirinde, le 25 mai 2017 à Kanyosha.
 
Dans un témoignage fait hier soir sur les radio Inzamba et RPA, Vanessa Alaine Kaneza a d’abord confirmé l’appartenance à la milice Imbonerakure et l’implication de son mari dans des crimes graves: arrestations, torture et exécutions des opposants au régime de Pierre Nkurunziza. A cet effet, selon Madame Kaneza, “Musaga” avait reçu un fusil Kalash Ak47, un pistolet, six grenades et une tenue militaire qu’il portait durant ses opérations; une révélation qui confirme l’armement de la milice Imbonerakure. Vanessa Kaneza révèle le lien et la collaboration de “Musaga” avec des éléments des forces de sécurité dont le Major Pascal Minani alias “Mababa”, le Général “Wakenya”, un certain Major Evariste de la garde présidentielle et de manière générale avec le SNR à Bujumbura.
 
Dans son témoignage, Madame Kaneza a ensuite évoqué les circonstances de la disparition forcée de son mari ainsi que la traque dont elle a elle-même fait objet. Selon madame Kaneza, Aimé Aloys Manirakiza a été appelé au téléphone le 25 mai 2017 par son collègue Eddy Uwimana qui venait d’être appelé par un autre milicien Imbonerakure Pascal Minani alias “Mabiya” pour les inviter à une mission spéciale à la barrière communale de Kanyosha . Arrivés au lieu convenu, les deux miliciens “Musaga” et Uwimana ont été arrêtés par le brigadier Jonas Ndabirinde de la garde présidentielle qui les aurait conduits au camp de l’API à Ngagara Q.9. Selon les informations reçues par Madame Kaneza, les deux Imbonerakure auraient été exécutés dans le camp API sur ordre du Général Gervais Ndirakobuca alias “Ndakugarika”. Vanessa Alaine Kaneza a été à son tour traquée par des Imbonerakure et des agents du SNR qui craignaient qu’elle livre des secrets sur les crimes de son mari.
 
En terminant son témoignage, Madame Vanessa Alaine Kaneza demande à la Cour pénale internationale de lancer son enquête sur les crimes graves en cours au Burundi et demande pardon au peuple burundais pour les crimes commis par son mari. Vanessa Alaine Kaneza, dans son pays d’exil, a peur de rencontrer des victimes ou des proches des victimes de son mari.
 
C’est une femme terrorisée qui est entrée en contact avec le FOCODE en juillet 2017, Vanessa ne savait plus à quel saint se vouer. D’un côté, elle était traquée par les services secrets de Nkurunziza et les anciens “amis de son mari” à tel point qu’en moins de deux mois elle avait changé de résidence quatre fois et les familles d’accueil commençaient à avoir peur qu’elle leur cause des ennuis. De l’autre, elle avait peur de rencontrer des personnes originaires de Musaga qui auraient perdu les leurs à cause de son mari “Musaga”. Cette mère de deux enfants en très bas-âge et enceinte n’avait même pas de papiers de voyage… A la mi-août 2017, elle a pu quitter difficilement le Burundi et se trouve depuis en lieu sûr. Un des pays que le milicien “Musaga” a souvent insulté à travers des manifestations à Bujumbura a été celui qui a accueilli et sauvé sa famille en détresse. Ceux que “Musaga” n’aurait pas hésités à torturer et tuer ont été les derniers recours pour sa famille en danger.
 
Le sort d’Aimé Aloys Manirakiza alias “Musaga” devrait servir de leçon à de nombreux miliciens Imbonerakure qui se laissent instrumentaliser dans des crimes innommables. Les membres du CNDD-FDD devraient comprendre que les défenseurs de droits humains ne sont pas des ennemis à vilipender, mais plutôt ceux qui pourront les assister quand leurs droits seront gravement bafoués. Enfin, à mes collègues DDH, j’aimerais dire que la “défense des droits humains a encore plus de sens quand nous sommes appelés à défendre les droits de ceux qui n’auraient pu que nous liquider s’ils en avaient eu l’opportunité…”
 
Je remercie Madame Vanessa Kaneza pour son courage dans ce témoignage.. J’invite beaucoup d’épouses des bourreaux à tirer des leçons et à prendre le courage de déconseiller leurs maris impliqués dans la répression car, à la fin, les conséquences sont malheureusement portées par des veuves et des orphelins. Au moins, pensez à obtenir vos papiers de voyage, le système Nkurunziza risque de vous surprendre un jour…

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